Envenimations marines

Diagnostic, gestes immédiats, antalgie, antivenins et pièges des envenimations marines en mer, plage, croisière et zones tropicales.

Approche initiale commune

La priorité est de sortir la victime de l’eau sans exposer les sauveteurs, d’identifier le syndrome clinique, de traiter la douleur et de détecter les signes de gravité. La prise en charge dépend du groupe toxinologique : venins thermolabiles de poissons et raies, cnidaires à nématocystes, neurotoxines de cônes, myotoxines et neurotoxines des serpents marins.

Minute 0–5ActionPiège évité
SécuritéSortir de l’eau, éviter nouvelle piqûre/morsure, gants si retrait de tentacules ou dards.Suraccident, noyade secondaire, sauveteur envenimé.
ABCDEO₂ si dyspnée, scope si douleur majeure ou tropiques, voie IV si signes systémiques, glycémie, température, ECG si malaise.Confondre douleur spectaculaire et patient stable ; manquer choc, arrêt, arythmie ou détresse ventilatoire.
AnaphylaxieAdrénaline IM face antérolatérale cuisse : adulte 0,5 mg, enfant 0,01 mg/kg max 0,5 mg ; répéter toutes les 5–15 min si besoin.Attribuer hypotension, bronchospasme ou urticaire à la seule toxine.
AntalgieParacétamol, AINS si pas de contre-indication, titration morphine IV 2–3 mg adulte toutes les 5 min ou 0,05–0,1 mg/kg, ± anesthésie locale/régionale par opérateur formé.Sous-traiter une douleur hyperalgique, source de malaise vagal, agitation et retard de soins.
PlaieIrrigation abondante au sérum physiologique/eau potable, retrait prudent des fragments visibles, pansement, immobilisation, statut tétanique.Frotter, inciser, sucer, garrotter, fermer précocement une plaie profonde souillée.

Signes de gravité

Poisson-pierre, vives, rascasses, poissons-scorpions

Les épines dorsales ou operculaires injectent un venin protéique thermolabile. Le poisson-pierre est le plus grave, avec venins cytotoxiques, neurotoxiques et cardiotoxiques ; les vives et rascasses donnent le plus souvent une envenimation locale très douloureuse, mais des signes systémiques sont possibles.

Point cléCliniquePrise en charge
MécanismePiqûre punctiforme, venin thermolabile, œdème et inflammation locale ; fragments d’épines possibles.Rincer, retirer les fragments visibles sans exploration agressive ; radiographie/échographie si suspicion de corps étranger.
DouleurImmédiate, intense, ascendante, parfois syncopale ; maximale dans la première heure.Immersion du segment dans eau chaude non brûlante 42–45 °C, ou température maximale tolérée, 30–90 min, à renouveler si récidive douloureuse ; contrôler la peau toutes les 5–10 min.
LocalÉrythème, cyanose, œdème, phlyctènes, nécrose possible surtout poisson-pierre ; lymphangite possible.Surélever après phase chaude, pansement propre, avis chirurgical si nécrose, syndrome de loge, articulation/tendon ou plaie profonde.
SystémiqueNausées, vomissements, sueurs, malaise, hypotension, arythmie, dyspnée, paralysie rare ; risque vital surtout poisson-pierre.Monitorage, O₂, voie IV, remplissage prudent, vasopresseur si choc, transfert réanimation si signes systémiques.
AntiveninIndiqué pour poisson-pierre sévère : douleur incoercible, multiples piqûres, signes systémiques ou menace vitale.Antivenin poisson-pierre IV/IM selon protocole local ; dose habituelle empirique : 1 ampoule pour 1–2 punctures, 2 ampoules pour 3–4, 3 ampoules pour ≥ 5 ou forme grave ; surveillance anaphylaxie.
AntibiotiquesNon systématiques pour petite piqûre propre ; infection possible par Vibrio, Aeromonas, Pseudomonas, Mycobacterium marinum.Antibiothérapie si morsure/plaie profonde, retard de prise en charge, immunodépression, signes infectieux ou eau chaude/tropicale ; couvrir flore marine selon protocole local.

Raies

La raie blesse par dard caudal barbelé : traumatisme lacérant profond, venin thermolabile et risque de fragment retenu. La gravité est souvent anatomique autant que toxique.

Cnidaires : méduses, cuboméduses, Irukandji

Les cnidaires injectent leur venin par nématocystes. Les gestes initiaux doivent empêcher la décharge de nématocystes restants : ne pas frotter, ne pas rincer à l’eau douce, ne pas appliquer alcool, urine, ammoniaque ou sable. Le vinaigre inactive surtout les nématocystes de nombreuses cuboméduses, mais il peut aggraver certaines espèces et ne doit pas être appliqué par réflexe universel.

Espèce/syndromeCliniqueGestes spécifiques
Cuboméduse majeure, dont ChironexDouleur brûlante immédiate, zébrures adhérentes, collapsus, arythmie, arrêt cardiaque possible en minutes.Appeler renfort, RCP si besoin, appliquer vinaigre 30 s sur zones atteintes si zone à cuboméduses tropicales, retirer tentacules après vinaigre, antalgie, antivenin Chironex si douleur sévère ou signes systémiques.
IrukandjiPiqûre parfois discrète puis 5–60 min après : lombalgies, crampes, nausées, sueurs, anxiété intense, céphalées, hypertension, tachycardie ; complications : œdème pulmonaire, cardiomyopathie, hémorragie intracrânienne.Vinaigre 30 s si zone tropicale à cuboméduses, monitorage 12–24 h si syndrome, opioïdes IV titrés, benzodiazépine si agitation/crampes, traiter HTA sévère par dérivés nitrés IV/titrés ou avis réanimation ; magnésium seulement selon protocole spécialisé.
Méduses non tropicales douloureusesDouleur cutanée, érythème, papules linéaires, prurit ; anaphylaxie rare.Retirer tentacules avec pince/gants, rincer à l’eau de mer, immersion eau chaude 42–45 °C 20 min si douleur ; antalgie et antihistaminique si prurit.
Physalie, « galère portugaise »Longues traces linéaires, douleur immédiate vive, nausées, spasmes, malaise ; anaphylaxie possible ; fragments bleutés souvent visibles.Ne pas mettre de vinaigre dans les recommandations australiennes de premiers secours ; retirer les filaments, rincer eau de mer, eau chaude 42–45 °C 20 min ou douche chaude ; glace si eau chaude indisponible ou inefficace.

Antivenin cuboméduse et réanimation

Cônes

Les cônes marins injectent des conotoxines par dent radulaire harponnée. Les conotoxines bloquent canaux ioniques et transmission neuromusculaire : la plaie peut être petite, mais la paralysie respiratoire peut être mortelle. Il n’existe pas d’antivenin disponible en pratique clinique.

Serpents marins

Les morsures de serpents marins peuvent être peu douloureuses et sans œdème marqué. Le venin contient surtout neurotoxines et myotoxines : rhabdomyolyse, hyperkaliémie, paralysie et insuffisance respiratoire peuvent apparaître après une phase initiale trompeuse.

ÉtapeClinique/risquePrise en charge
TerrainPêcheur, filet, baignade tropicale, manipulation ; morsure parfois à peine visible.Allonger, rassurer, retirer bagues, immobiliser le membre, bandage compressif d’immobilisation sur tout le membre si formé ; pas de garrot, incision, aspiration ni glace.
SurveillanceMyalgies, raideur, trismus, ptosis, diplopie, dysphagie, faiblesse, dyspnée, urines brunes.Évacuation hospitalière, monitorage, ECG, SpO₂, capacité vitale si possible, bilan répété : NFS, iono-K, créatinine, CPK, myoglobine/BU sang, coagulation.
RéanimationParalysie respiratoire, hyperkaliémie, rhabdomyolyse, IRA.O₂, intubation précoce si signes bulbaires/ventilatoires, traitement hyperkaliémie, remplissage prudent guidé diurèse, dialyse si indications.
AntiveninEnvenimation systémique ou morsure probable avec signes biologiques/neurologiques.Antivenin serpent marin IV selon protocole local, souvent 1 ampoule initiale ; si indisponible, antivenin polyvalent terrestre australien parfois discuté en zone Australie avec avis toxicologique.

Examens et orientation

Pièges à retenir

Sources vérifiables