État de mal épileptique (EME) : prise en charge en urgence

Urgences neurologiques — seuils 5/30 min, benzodiazépines, antiépileptiques IV, anesthésie générale, EEG, causes métaboliques et toxiques

Définition et classification

État de mal épileptique convulsif généralisé

Formes à reconnaître

FormeSignesConséquence pratique
EME convulsif généraliséContractions tonico-cloniques bilatérales, coma, morsure, cyanose, hyperactivité autonomeTraitement immédiat sans attendre EEG ou imagerie
EME larvéComa persistant après arrêt apparent des secousses, myoclonies minimes, révulsion oculaire ou nystagmusEEG urgent ; ne pas conclure trop vite à une simple phase postcritique
EME non convulsifConfusion, coma inexpliqué, fluctuation de vigilance, aphasie, symptômes focaux ou automatismeDiagnostic EEG ; urgence variable mais ne doit pas être méconnu
Crises psychogènes prolongéesMouvements asynchrones, fermeture forcée des yeux, fluctuation avec interaction possibleDiagnostic différentiel ; éviter escalade anesthésique sans réévaluation clinique/EEG

Physiopathologie

Clinique et reconnaissance

Diagnostic clinique immédiat

Après arrêt apparent des convulsions

Examens initiaux

Biologie et toxicologie

ExamenDélaiUtilité
Glycémie capillaireImmédiatHypoglycémie = cause réversible à traiter avant ou pendant benzodiazépine
Ionogramme, urée, créatinineUrgentHyponatrémie, hypernatrémie, insuffisance rénale, adaptation médicamenteuse
Calcémie, magnésémieUrgentHypocalcémie, hypomagnésémie, éclampsie, alcoolisme, dénutrition
Gaz du sang, lactateUrgent si graveHypoxémie, acidose lactique, hypercapnie, choc, ventilation
NFS, CRP, hémocultures si fièvreSelon contexteMéningite, encéphalite, sepsis, foyer infectieux
Dosages antiépileptiquesUrgent si traitement connuSous-dosage, inobservance, interaction, surdosage
β-HCGFemme en âge de procréerGrossesse, éclampsie, contre-indications du valproate
Toxicologie cibléeSi suspicionCocaïne, amphétamines, tramadol, isoniazide, théophylline, antidépresseurs tricycliques, sevrage
CK, kaliémie répétée, myoglobine/BUAprès crise prolongéeRhabdomyolyse, hyperkaliémie, insuffisance rénale aiguë

Imagerie, ponction lombaire, EEG

Prise en charge par paliers

Mesures simultanées minute 0–5

1re ligne : benzodiazépine

MoléculeVoieDose adulteRépétition et vigilance
LorazépamIV lente0,1 mg/kg, maximum 4 mg par injection, débit ≤ 2 mg/minRépéter une fois après 5–10 min si convulsions persistantes ; surveiller dépression respiratoire et hypotension
DiazépamIV lente0,15 mg/kg, maximum 10 mg, sur 2–3 min ou ≤ 5 mg/minRépéter une fois après 5 min ; durée d'action courte par redistribution, préparer relais antiépileptique
MidazolamIM0,15–0,2 mg/kg, usuellement 10 mg IM chez adulte ≥ 40–50 kgVoie de choix sans IV rapide ; éviter morcellement de faibles doses
MidazolamIntranasal ou buccal0,2–0,3 mg/kg, maximum 10 mg ; répartir intranasalement si volume importantOption préhospitalière ou milieu isolé ; absorption variable si sécrétions/sang

2e ligne : EME établi

Si les convulsions persistent 5 min après benzodiazépine correctement administrée, administrer un antiépileptique IV de charge. La dose prescrite doit être administrée entièrement, même si les convulsions cessent pendant la perfusion.

Antiépileptique IVDose de charge adulteVitessePrécautions
Lévétiracétam60 mg/kg dans ESETT, pratique 30–60 mg/kg, maximum 4–4,5 g10 min à 15 min selon protocolePeu d'interactions, pas de dépression respiratoire ; adapter entretien à la fonction rénale
Valproate de sodium40 mg/kg, maximum 3 g15 min ; entretien souvent 1–3 mg/kg/h ou relais selon avis neurologiqueÉviter grossesse/femme en âge de procréer si grossesse non exclue, hépatopathie, thrombopénie, suspicion maladie mitochondriale
Fosphénytoïne20 mg EP/kg, maximum usuel 1500 mg EP≤ 100–150 mg EP/min sous scopeHypotension, QRS/PR, arythmie ; prudence cardiopathie, sujet âgé, interactions enzymatiques
Phénytoïne20 mg/kg IV ; 15 mg/kg si sujet âgé/fraile selon contexte≤ 50 mg/min sous scope, uniquement NaCl 0,9 %Extravasation, purple glove syndrome, troubles de conduction ; contre-indiquée dans plusieurs blocs/troubles rythmiques

3e ligne : EME réfractaire

AnesthésiqueBolus adulteEntretienVigilance
Midazolam5 mg IV répétés jusqu'à arrêt clinique, ou 0,2 mg/kg selon protocole ICU0,2–0,5 mg/kg/h ; titration EEG possible jusqu'à 2 mg/kg/h dans recommandations NCSTachyphylaxie, hypotension, accumulation, sevrage
Propofol1–2 mg/kg IV, répété jusqu'à arrêt des crises3–4 mg/kg/h, maximum 5 mg/kg/h et idéalement < 48 h si forte doseHypotension, hypertriglycéridémie, PRIS : lactate, CK, kaliémie, triglycérides
Thiopental1,5–2,5 mg/kg IV puis bolus 50 mg toutes 2–3 min jusqu'à contrôle2–5 mg/kg/hHypotension profonde, immunodépression, iléus, accumulation prolongée ; vasopresseurs fréquents

Recherche et traitement de la cause

CauseIndicesTraitement immédiat
HypoglycémieDextro < 0,6 g/L ou contexte insuline/sulfamide, dénutrition, alcoolGlucose 30 % 50 mL IV ; perfusion glucosée et contrôles répétés
Hyponatrémie aiguë sévèreNa+ bas, confusion, vomissements, diurétiques, polydipsie, postopératoireNaCl hypertonique selon protocole ; viser +4 à +6 mmol/L rapide si symptômes graves sans dépasser 8–10 mmol/L/24 h
Sevrage alcool/benzodiazépinesTremblement, agitation, sueurs, HTA, tachycardie, hallucinations, arrêt récentBenzodiazépines répétées, thiamine, correction Mg/K, surveillance delirium tremens
ÉclampsieGrossesse ≥ 20 SA ou post-partum, HTA, céphalées, phosphènes, douleur épigastriqueSulfate de magnésium 4–6 g IV sur 15–20 min puis 1–2 g/h ; contrôle TA et extraction selon obstétrique
IsoniazideTuberculose, intoxication, acidose lactique, crises réfractairesPyridoxine gramme pour gramme de dose ingérée, ou 5 g IV si dose inconnue ; charbon si délai compatible
Tramadol/cocaïne/amphétamines/théophylline/ATCToxidrome, QRS large, hyperthermie, agitation, prise médicamenteuseBenzodiazépines, refroidissement, bicarbonate si QRS large/ATC, toxico-réanimation
Infection SNCFièvre, purpura, raideur, immunodépression, altération persistanteCeftriaxone/cefotaxime ± amoxicilline ± aciclovir selon contexte, sans attendre PL si retard
Lésion cérébrale aiguëDéficit focal, trauma, anticoagulant, cancer, céphalée brutaleNeuro-imagerie après stabilisation, avis neurovasculaire/neurochirurgical

Surveillance

Milieu isolé : bateau de croisière

Pièges

  1. Sous-doser la benzodiazépine par peur d'intuber : le sous-dosage prolonge l'EME et augmente finalement le risque respiratoire.
  2. Retarder la deuxième ligne pour attendre EEG, scanner, bilan complet ou avis spécialisé alors que l'EME convulsif persiste.
  3. Confondre arrêt moteur et arrêt épileptique chez un patient comateux : l'EME non convulsif ou larvé nécessite EEG.
  4. Oublier la glycémie capillaire immédiate et les causes métaboliques corrigeables.
  5. Administrer valproate chez femme enceinte ou grossesse non exclue si une alternative existe, ou méconnaître une éclampsie qui relève du sulfate de magnésium.
  6. Perfuser phénytoïne/fosphénytoïne sans scope ni respect des vitesses, exposant à hypotension et troubles de conduction.
  7. Utiliser les curares comme preuve de contrôle : ils suppriment les mouvements, pas les crises corticales.
  8. En milieu isolé, considérer l'arrêt apparent comme une guérison sans organiser l'évacuation d'un patient à haut risque de récidive ou d'EME non convulsif.

Références