Coup de chaleur / hyperthermie sévère

Reconnaissance, refroidissement agressif, complications et pièges du coup de chaleur classique ou d’exercice en urgence, mer et milieu isolé.

Définition

Le coup de chaleur est une urgence vitale : température centrale généralement > 40 °C, ou hyperthermie majeure suspectée, associée à une dysfonction du système nerveux central : confusion, agitation, ataxie, délire, convulsions, coma ou comportement incohérent. La valeur absolue de température ne doit jamais retarder le traitement si la clinique est typique.

FormeTerrain typiqueMécanisme dominantParticularités
ClassiqueÂge élevé, nourrisson, maladie chronique, isolement social, canicule, cabine mal ventilée, médicaments anticholinergiques, neuroleptiques, diurétiques, bêtabloquantsExposition environnementale + incapacité à dissiper la chaleurInstallation souvent progressive sur heures-jours ; anhidrose plus fréquente mais non obligatoire ; mortalité élevée si choc, coma ou retard de refroidissement.
D'exerciceSportif, militaire, marin, travailleur, passager en excursion tropicale, effort en ambiance chaude/humide ou équipement lourdProduction métabolique de chaleur dépassant les pertesInstallation brutale pendant ou après effort ; sueurs souvent présentes ; rhabdomyolyse, acidose lactique et hyperkaliémie plus fréquentes.

Physiopathologie

Clinique

DomaineSignesCommentaires
NeurologiqueConfusion, irritabilité, agitation, ataxie, propos incohérents, syncope, convulsions, comaLa dysfonction SNC fait le diagnostic de gravité ; une simple crampe ou fatigue sans trouble neurologique évoque plutôt épuisement par chaleur.
ThermiqueTempérature centrale souvent > 40 °C ; peau chaude ; sueurs possiblesL'anhidrose n'est ni sensible ni nécessaire, surtout dans le coup de chaleur d'exercice où le patient peut transpirer abondamment.
Cardio-respiratoireTachycardie, hypotension, collapsus, polypnée, hypoxémie, OAP/SDRAHypotension, besoin d'O₂ ou détresse ventilatoire = réanimation et refroidissement sans délai.
Musculaire/rénalMyalgies, faiblesse, urines foncées, oligurieÉvoquer rhabdomyolyse même si CPK initiale modérée ; contrôler la cinétique.
Hémostase/foiePurpura, saignement, ictère, douleur hypochondre droit, cytolyseCIVD et hépatite hypoxique/hyperthermique peuvent apparaître secondairement.

Signes de gravité

Mesure de température

Examens complémentaires

Aucun examen ne doit retarder le refroidissement. Les bilans servent à évaluer les complications et à répéter la surveillance pendant 24–72 h.

ExamenPourquoiRythme pratique
Température centrale continueDiagnostic, vitesse de refroidissement, arrêt à la cibleImmédiat puis continu jusqu'à stabilisation
Ionogramme, urée, créatinine, Ca/Mg/PDéshydratation, IRA, hyperkaliémie, troubles liés à rhabdomyolyseInitial, puis toutes 4–6 h si sévère
CPK, myoglobine/BU urinesRhabdomyolyse ; CPK souvent pic 24–72 hInitial puis 6–12 h jusqu'au pic et décroissance
ASAT/ALAT, bilirubine, TP/INR, facteur V si disponibleCytolyse et insuffisance hépatique retardéeInitial puis au moins quotidien, rapproché si hausse
NFS, plaquettes, TP/INR, TCA, fibrinogène, D-dimèresCIVD, hémoconcentration, thrombopénieInitial puis répété si forme grave ou saignement
Gaz du sang, lactatesAcidose, hypoxémie, hyperventilation, chocInitial puis selon évolution
Glycémie capillaire/veineuseHypoglycémie comme diagnostic différentiel ou complication hépatiqueImmédiat et répété si trouble neurologique
ECG, troponine si douleur/choc/terrainTroubles ioniques, ischémie de demande, arythmiesInitial, monitorage continu si sévère
Imagerie/toxicologie/infectieuxDiagnostic différentiel : sepsis, AVC, toxidrome, syndrome sérotoninergique, hyperthermie maligneAprès refroidissement initial, selon contexte

Prise en charge immédiate

  1. Alerte et sécurité : sortir du soleil/de la salle chaude, déshabiller, retirer équipement, installer à l'ombre ou en zone ventilée, demander renfort médicalisé.
  2. ABCDE simultané : O₂ 10–15 L/min si hypoxémie, détresse, coma ou choc ; aspiration si vomissements ; monitorage ECG, PA, SpO₂, température centrale.
  3. Refroidir maintenant : le refroidissement est le traitement causal. Ne pas attendre perfusion, bilan, ambulance ou admission.
  4. Cool first, transport second en coup de chaleur d'exercice : si immersion possible et patient ventilable, refroidir sur place avant transport jusqu'à température < 39 °C ou amélioration nette.
  5. Réanimation hémodynamique : voie IV/IO, cristalloïde isotonique, correction hypoglycémie/hyperkaliémie, traitement convulsions, anticipation intubation si coma ou agitation dangereuse.

Refroidissement : modalités chiffrées

MéthodeIndicationModalitésLimites
Immersion eau froide/glacéeRéférence du coup de chaleur d'exercice, surtout patient conscient ou voies aériennes contrôlablesEau froide 9–12 °C ou glacée 1–5 °C ; immerger tronc et membres, tête hors de l'eau, surveiller voies aériennes ; remuer l'eau, ajouter glace ; température rectale continue ; objectif < 39 °C en ≤ 30 min depuis reconnaissance, vitesse cible ≥ 0,155 °C/min.Logistique, monitorage, accès au patient ; intuber avant si coma non protégeable et équipe compétente, sinon refroidir par alternatives sans délai.
Tarp-assisted cooling / bâcheMilieu isolé, pont de bateau, plage, terrain de sport sans baignoireBâche solide sous le patient, bords relevés, eau froide + glace en continu ; brasser et renouveler l'eau.Prévoir maintien cervical seulement si trauma ; éviter noyade/aspiration.
Douche/arrosage froid continuAlternative immédiate si immersion impossibleEau froide continue sur tout le corps, idéalement avec ventilation forte ; tourner le patient, exposer grandes surfaces.Moins rapide que l'immersion mais préférable aux poches de glace seules.
Évaporatif-convectifCoup de chaleur classique, personne âgée, patient difficile à immerger, ressources hospitalièresDéshabiller, pulvériser eau tiède/fraîche, ventilateurs puissants, massage cutané pour limiter vasoconstriction ; glace au cou/aisselles/aines en appoint.Moins efficace si humidité élevée ; ne doit pas devenir passif.
Packs de glace seulsSeulement appoint pendant mise en place d'une méthode globaleCou, aisselles, aine + serviettes froides renouveléesInsuffisant seul : refroidissement lent et surface limitée.
Refroidissement interneRéanimation, échec/contre-indication des méthodes externes, arrêt ou défaillance multiviscéraleLavages gastrique/vésical/péritonéal froids, cathéter intravasculaire, ECMO si indication de sauvetageNe remplace pas les méthodes externes disponibles immédiatement.

Traitements associés et posologies

Complications à traiter

ComplicationConduite
ChocRefroidissement actif, cristalloïdes titrés, noradrénaline si hypotension persistante après remplissage prudent, recherche sepsis/toxique associé sans retarder le refroidissement.
SDRAO₂, PEP, intubation si défaillance ; ventilation protectrice Vt 6 mL/kg poids prédit, plateau < 30 cmH₂O, PEP adaptée, décubitus ventral si SDRA sévère.
IRA/rhabdomyolyseHydratation goal-directed, diurèse, correction K/Ca/P, éviter néphrotoxiques, épuration extrarénale si hyperkaliémie, acidose, surcharge ou urémie réfractaire.
CIVDContrôler hyperthermie, bilan hémostase répété ; transfusion plaquettes/plasma/fibrinogène si saignement ou geste invasif selon seuils locaux ; avis réanimation/hématologie.
Atteinte hépatiqueSurveillance ASAT/ALAT, TP/INR, facteur V, lactates, glycémie ; corriger hypoglycémie ; discussion centre expert/transplantation si insuffisance hépatique aiguë.
NeurologiqueRefroidissement rapide, benzodiazépines si crises, correction glycémie/natrémie, imagerie après stabilisation si déficit focal ou doute AVC/trauma.

Pièges

Sources vérifiables